Le chant des partisans

1] Historique

Le chant des partisans est l'hymne de la résistance française. La musique a été composée par une française d'origine russe nommée Anna Marly en 1941. Les paroles sont d'abord en russe. Ce sont les écrivains Joseph Kessel et Maurice Druon qui créent le texte.


Anna marly (1917-2006) : de son vrai nom Anna Betulinskaya, elle naît pendant la révolution russe, l'année où son père se fait fusiller. Elle quitte la Russie en 1920 avec sa famille qui s'installe en France. Sa carrière artistique débute avec les ballets russes (troupe célébrissime de l'enre deux guerres qui se produit alors à Paris) puis se poursuit dans les cabarets où Anna se produit comme chanteuse. Elle s'accompagne à la guitare.
Elle part à Londres en 1940 et intègre les FFL (Forces Françaises de Libération). C'est là qu'elle composera le chant des partisans, en s'inspirant d'une chanson populaire russe. Elle chante alors en russe.
Après la guerre, elle voyage quelques années puis s'installe définitivement aux États-Unis. Bien qu'elle ait composé près de 300 chansons, c'est le chant des partisans qui a fait sa renommée.

Joseph Kessel (1898-1979) : écrivain français né en Argentine de parents émigrés russes. En 1914, il est brancardier puis s'engage dans l'aviation française. Il commence sa carrière littéraire pendant les années folles (surnom qu'on a donné à la période de l'entre deux guerres) et fonde Le Gringoire, un hebdomadaire littéraire et politique. Correspondant de guerre pour le quotidien Paris-Soir, il couvre la guerre d'Espagne (1936-1939) puis la "drôle de guerre" (nome que l'on a donné à la première année de la seconde guerre mondiale). Quand l'Allemagne occupe la France, il part à Londres et intègre les FFL (Forces Françaises de la Libération).
La guerre achevée, Kessel reprend ses fonction de grand reporter au quotidien France Soir. Parallèlement, il écrit de nombreux romans, parmi lesquels on peut citer Le lion (1958) ou encore Mermoz (1939), dans lequel il retrace admirablement la vie du pilote Jean Mermoz et l'aventure de l'aéropostale.

Maurice Druon (1918-2009) : écrivain et homme politique français. Il s'engage en 1939, puis quitte la France avec son oncle Jospeh Kessel pour intégrer les FFL à Londres.
Après la libération, il se consacre à la littérature. Il obtient le Prix Goncourt en 1948 avec Les grandes familles. À partir de 1955, il se lance dans l'écriture d'une saga historique, Les rois maudits, qui prend place au Moyen-Âge. Il entre à l'académie française en 1966.
En 1973, il est nommé ministre des affaires culturelles par le président de la république Georges Pompidou.




Un autre symbole de la résistance est la croix de Lorraine. Elle représente d'abord la résistance française, puis sera associée au Général de Gaulle.



II] Le texte

Le premier texte a été écrit par Anna Marly. Il est en russe. En voici une traduction.




De forêt en forêt
La route longe
Le précipice
Et loin tout là-haut
Quelque part vogue la lune
Qui se hâte
Nous irons là-bas
Où ne pénètre ni le corbeau
Ni la bête sauvage
Personne, aucune force
Ne nous soumettra
Ne nous chassera Vengeurs du peuple
Nous mettrons en pièces
La force mauvaise Dût le vent de la liberté
Recouvrir
Aussi notre tombe...
Nous irons là-bas
Et nous détruirons
Les réseaux ennemis
Qu'ils le sachent, nos enfants
Combien d'entre nous sont tombés
Pour la liberté !

1) Construction du texte en français





Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
Ohé, partisans, ouvriers et paysans c'est l'alarme
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes...

Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades,
Ohé, les tueurs, à vos armes et vos couteaux, tirez vite,
Ohé, saboteurs, attention à ton fardeau, dynamite..

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère
II y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves
Ici, nous, vois-tu, nous on marche, nous on tue ou on crève.

Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place,
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur nos routes
Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute...

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
Ami, entends-tu le vol noir du corbeau sur la plaine
Oh -Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh-Oh.

a) le texte est en rimes plates : AA BB CC DD etc.
--> [...] sur nos plaines
[...] qu'on enchaîne
[...] alarme
[...] larmes


b) les deux premiers vers de chaque strophe font quinze pieds et les deux derniers vers de chaque strophe font seize pieds.

c) la dernière strophe reprend la première en inversant les deux vers.

2) Sens du texte

Le chant des partisans est un chant de lutte : il évoque donc la violence et le sang.
--> champ lexical de la violence : sang, larmes, fusils, mitraille,tuez vite, grenade, on tue on crève, du sang noir.

Le chant des partisans est un chant clandestin : le texte montre que les résistants sont cachés.
--> montez de la mine, descendez des collines, sortez de la paille, un ami sort de l'ombre.

Le chant des partisans est un chant de compagnons : il s'adresse à un ami qu'on tutoie. Le chanteur souhaite le convaincre de le rejoindre. Il évoque également l'unité ("chantez compagnons") et les classes populaires ("ouvriers, paysans").

Le chant des partisans décrit l'armée de l'ombre. On y entend les différentes fonctions des résistants : sabotage, assassinat, libération de prisonniers.

III] La musique

La construction de la mélodie est très simple : chaque strophe est constituée de deux phrases musicales, chacune répétée deux fois. On peut donc la schématiser ainsi :
A A B B
ou encore
Ax2 Bx2

Il n'y a pas de refrain, chaque strophe suit directement la précédente. On parle alors de forme strophique.



La phrase A débute par une quarte ascendante (en effet, on compte quatre note de ré à sol). Cet intervalle est très fort : on le retrouve par exemple au tout début de la Marseillaise.
L'ambitus (intervalle entre la note la plus grave et la note la plus aiguë de la mélodie) est assez restreint dans A, puis un peu plus grand dans B.
La fin de chaque phrase (A ou B) est la même mélodiquement.
On entend un rythme "pointé", ce qui signifie que qu'il y a une note longue suivie d'une note brève (par exemple : "en--- tends-tu", "des --- cor-beaux").Encore une fois, on peut se rappeler le début de la Marseillaise ("allons---- en-fants"). C'est un rythme qui pousse l'auditeur à l'action.

IV] La propagation du chant des partisans

Le premier enregistrement est effectué à Londres le 31 mai 1943 par Germaine Sablon. C'est la version que tu peux écouter au dessus du texte sur cette page.

L'enregistrement est ensuite largué par la RAF (Royal Air Force, l'armée de l'air britannique), puis se propage dans les réseaux de résistance français.
Le manuscrit est ramené clandestinement en France par avion en 1943. Le texte est ensuite publié dans Les cahiers de la libération le 25 septembre 1943.




Un extrait des Cahiers de la Libération, distribué clandestinement dans la France occupée.

V] Dossier

Tu peux télécharger un dossier contenant les morceaux de musique pour ton oral en cliquant ici.