Serge Gainsbourg

Éléments biographiques

Serge Gainsbourg est né le 2 avril 1928 à Paris. Son vrai nom est Lucien Ginsburg. Il est le fils de deux immigrés russes venus se réfugier à Paris pour fuir les bolcheviques.  Son père Joseph a suivi des études de piano au conservatoire de Moscou et devient pianiste de jazz en France. Il écume les bars de Paris et joue de nombreux soirs. Parallèlement il impose à Lucien des cours de piano classique qui lui serviront plus tard.
Dans un premier temps ce n’est pas la musique qui intéresse Lucien, mais la peinture. Il s’inscrit aux Beaux-Arts (qu’il ne terminera pas) puis suit des cours dans une académie parisienne. Son rêve est de devenir un grand peintre, aussi il accepte de nombreux petits métiers afin de manger et travaille la peinture.
La musique lui tombe dessus petit-à-petit. Il sait jouer du piano et apprend la guitare pendant son service militaire. C’est en jouant avec les mots qu’il ressent peu-à-peu le besoin d’en faire des chansons.
Il abandonne totalement la peinture dans les années 50 pour se consacrer à la musique (on n’a gardé aucune toile de lui car il les a toutes brûlées). Comme son père, il devient pianiste de bar et part sur les côtes françaises dans des casinos ou des restaurants pour jouer. C’est dans un cabaret parisien, nommé le Milord l’Arsouille que ses talents de compositeurs sont découverts. En effet, un artiste est malade un soir et il propose certaines de ses chansons, dont le célèbre poinçonneur des lilas.

Si ses talents de compositeur et de parolier sont indéniables, Serge Gainsbourg souffre énormément sur scène : il se considère comme laid, et ne sait pas quoi faire de son corps quand il chante. Certains spectateurs le sifflent, d’autres l’admirent, et sa carrière commence. Sur cette vidéo, on voit tout-à- fait qu’il est mal à l’aise : il présente la chanson d’une toute petite voix, se tient à moitié voûté, ne sait pas quoi faire de ses mains. Il tient cependant le public par le texte et une façon de chanter à la limite du parlé. L’accompagnement est typique de la musique de cabaret des années 50 : une batterie sommaire (caisse claire et charleston), un pianiste et une contrebasse.

Sa carrière de chanteur démarre timidement avec un disque jazz, Gainsbourg Confidentiel, mais ne rencontre aucun succès. En revanche, ses compositions pour les chanteuses font un tabac. C’est particulièrement le cas de la chanson La Javanaise, dans laquelle on retrouve l’esprit de Gainsbourg.

 

Le javanais est une langue imaginaire qui ajoute « av » avant chaque voyelle. Ainsi, le mot guitare devient guavitavare. La javanaise en tant que danse n’existe pas, mais les allitérations en « v » du texte de la chanson  font référence à cette langue (« j’avoue j’en ai bavé pas vous », « avant d’avoir eu vent de vous », etc.).

Les années soixante-dix marquent un tournant dans la carrière de Serge Gainsbourg. Après une brève histoire d’amour avec Brigitte Bardot, il rencontre Jane Birkin lors d’un tournage. Cette actrice va devenir sa compagne, et Gainsbourg va s’enrichir par cet apport britannique. Trois albums vont recueillir un franc succès auprès de la critique :

  • Histoire de Melody Nelson (1971) : un chef d’œuvre.  C’est un concept-album narrant la rencontre du narrateur et d’une jeune cycliste aux cheveux rouges. Le son  y est exceptionnel. Gainsbourg travaille avec un arrangeur de talent, Jean-Claude Vannier. Les deux hommes mettent en place un univers sonore unique, mêlant basse psychédélique et orchestre symphonique. Gainsbourg parle déjà plus qu’il ne chante. Le disque connaît un succès mitigé sur le moment mais deviendra peu-à-peu un incontournable du rock français.
  • Rock around the bunker (1975) : ce concept-album évoque la seconde guerre mondiale et le nazisme.
  • L’homme à la tête de choux (1976) : encore un concept-album dans lequel un homme tombe amoureux d’une femme nommée Marilou. Le couple vit d’abord une intense histoire d’amour avant que l’homme ne découvre que Marilou le trompe. Après la désillusion vient la violence et Marilou est tuée à coup d’extincteur d’incendie.

 

 

Voici un petit bijou, enregistré en 1972 dans une émission télévisée. La chanson s’intitule La noyée, et la vidéo commence par une courte interview.

 

Tu t'en vas à la dérive
Sur la rivière du souvenir
Et moi, courant sur la rive,
Je te crie de revenir
Mais, lentement, tu t'éloignes
Et dans ma course éperdue,
Peu à peu, je te regagne
Un peu de terrain perdu.

De temps en temps, tu t'enfonces
Dans le liquide mouvant
Ou bien, frôlant quelques ronces,
Tu hésites et tu m'attends
En te cachant la figure
Dans ta robe retroussée,
De peur que ne te défigurent
Et la honte et les regrets.

Tu n'es plus qu'une pauvre épave,
Chienne crevée au fil de l'eau
Mais je reste ton esclave
Et plonge dans le ruisseau
Quand le souvenir s'arrête
Et l'océan de l'oubli,
Brisant nos cœurs et nos têtes,
A jamais, nous réunit

Parallèlement à ces créations, Gainsbourg vit une histoire d’amour avec l’actrice anglaise Jane Birkin. Cette union donnera naissance à une fille, Charlotte. Serge compose pour sa compagne et la fait chanter dans ses albums. On entend ainsi la voix de Jane dans Histoire de Melody Nelson. En tout, le couple sortira huit albums.

De Gainsbourg à Gainsbarre

La carrière de Serge est définitivement lancée. Si les succès discographiques et la fortune sont au rendez-vous, l’artiste s’isole peu-à-peu dans l’acoolisme. Ses apparitions télévisées le montrent souvent mal rasé, mal habillé, et dans un état d’ébriété avancé. Ses propos sont parfois difficilement compréhensibles, et très souvent grossiers. Cette apparence douteuse lui met à dos une partie du public français, qui ne se reconnaît pas dans ce personnage. On lui donne alors le surnom de « Gainsbarre ».
En 1980, Jane finit par le quitter. La décennie qui commence est la dernière à vivre pour Serge qui multiplie les provocations publiques : il brûle un billet de 500 francs lors d’une émission télévisée, insulte parfois  ses contradicteurs.

Cette déchéance ne remet pas en cause sa créativité. Gainsbourg enregistre trois albums dans les années 80 :

  • Mauvaises nouvelles des étoiles (1981)
  • Love on the beat (1984)
  • You’re under arrest (1987)

Parallèlement, il sort deux albums enregistrés en concert :

  • Gainsbourg Live (1985)
  • Le Zénith de Gainsbourg (1989)

Il décède le 2 mars 1991 à Paris à 63 ans. Ses excès de tabac et d’alcool ont eu raison de son cœur, qui lâche après la cinquième crise cardiaque.